Au delà de l’urgence, investir pour l’alimentation
La recherche agronomique mondiale doit relever le défi d’une alimentation durable. Marion Guillou, présidente directrice générale de l’Inra, développe cette position dans une tribune publiée dans Le Monde daté du 6 mai 2008. (source : lettre INRA http://www.inra.fr/content/view/full/12189425).
La crise alimentaire actuelle choque et remet en place les échelles collectives de priorités. Elle nécessite pour aujourd’hui des actions de solidarité internationale d’urgence, mais aussi pour demain de relever le défi d’une alimentation durable. Cette crise pose le problème immédiat d’un accès à la nourriture pour les plus pauvres alors qu’il n’y a pas de déficit global de quantité. Mais en 2050 l’offre alimentaire pourrait être insuffisante si nous ne disposions pas d’une capacité de production agricole pour nourrir 9 milliards de femmes et d’hommes.
Les projections de l’Inra pour 2020 montrent que l’agriculture mondiale peut satisfaire cette demande alimentaire, mais aussi des besoins énergétiques raisonnés, avec une augmentation des rendements du même ordre de grandeur que celle des vingt dernières années dans le monde et une augmentation des surfaces cultivées de 5 à 10 %. C’est à notre portée à trois conditions : poursuivre et relancer l’investissement matériel et intellectuel dans ce secteur sur tous les continents, pousser aux pratiques écologiquement soutenables par des incitations, diffuser les innovations et les expériences acquises.
En 2050, l’agriculture sera d’un nouveau genre, intensive d’une autre façon : riche en savoirs et savoirs - faire biologiques, techniques et économiques ; qui sera adaptée aux potentialités de chaque milieu ; qui mobilisera les pratiques des acteurs locaux. Elle sera donc plurielle et c’est une palette de solutions que la recherche agronomique doit préparer. Toutes les disciplines doivent être sollicitées, biologie moléculaire comme écologie, à toutes les échelles, du gène à la plante, de la plante aux territoires.
Mais cette mobilisation, ces investissements, nécessitent de dissuader les spéculations financières sur l’alimentation, de prévenir les dommages sanitaires, d’assurer la protection en cas d’effets destructeurs liés aux changements climatiques, d’encourager la gestion des ressources naturelles. Cela relève des politiques publiques de stabilisation et de régulation.
L’agriculture française a su relever en son temps le défi de la satisfaction des besoins alimentaires de nos concitoyens. La recherche agronomique de notre pays a ici joué un rôle premier. Les défis alimentaires, environnementaux et sociaux sont aujourd’hui planétaires ; les progrès agricoles doivent être désormais déployés à cette échelle et l’ensemble de la recherche agronomique internationale doit se mettre au service de cet objectif. C’est le sens du récent travail accompli par soixante pays autour du renouveau de l’agronomie pour les objectifs du millénaire.
